million visites 

 Lecteurs amis, merci pour votre fidélité. Aucun doute : la “drôle d’époque“ continue !

Que sonnent les cloches ! Un million de visites, ce n’est pas rien alors que le présent mondial n'est qu'angoisse et l’avenir lorrain assez flou. Ce n'est pas le moment d’oublier les bonnes leçons du passé .

Hélas, du fait des mesures anti-spam que les abus ont engendrées depuis un an, vouloir vous prévenir à chaque nouvel article est devenu un parcours du combattant. Je me fais vieux.

Dorénavant, et si vous le voulez bien, soyez gentils de garder un œil sur “Mosellehumiliee.com“ en l’ouvrant de temps en temps. Un  simple clic, comme des grands... Et faîtes- le connaître à vos amis, si vous pensez que ce blog peut éveiller leur curiosité.

 

 

001

Souvenez-vous. Quand deux ouettes dodues comme des chapons mais rien à voir avec des mouettes, avaient profité des Rameaux pour couiner la Pâque à ma fenêtre, elles m’avaient tellement bluffé par leur superbe que j’y vis l’aplomb des rois mages. Cette audace bruyante, dans un Metz aux rues vides, sonnait comme une prophétie.

 

002

Mais je m’égare… Ouette que j’en étais ?

Ah oui ! Bien que le cri râpeux de ces deux palmipèdes m’ait alors fait penser à l’agonie d’une chambre à air, je l’avais naïvement perçu comme un air de flûte, un cadeau peut-être ?

Bon sang ! C’était bien sûr ! Le duo m’informait que les deux mille lecteurs de “Moselle humiliée“ n’attendraient pas Noël pour afficher un million de visites au compteur. 

J’ai bien dit : un million de visites et non de visiteurs… Qu’à cela ne tienne : Le chiffre prouvait au moins que depuis 1996, je ne m’étais pas mosellisé pour des quetsches.

Hélas, une couverture du MAG consacrée aux débuts de la guerre est venue récemment doucher ma naïveté… Grosso modo, le 18 septembre 2020, elle annonçait aux Mosellans version Coronavirus que l’exode des Mosellans version Maginot datait de 80 ans déjà.

Diable… La carte que vous voyez montre en rouge et bleu les deux zones d’évacuation de septembre 39 et mai 40, mais elle ne dit rien, évidemment, sur la débâcle qu’entraîna l’attaque allemande en mélangeant les militaires et les civils. La confusion s’installa dans la continuité incontrôlable d’un énorme chaos national.

Ceci dit, ledit Exode, avec un E majuscule, avait démarré en septembre 1939. Va pour les 80 ans de l’anniversaire, à condition d’en ajouter un de plus !

Récapitulons, c’est le cas de le dire… On avait vu d’abord des Français qui évacuaient d’autres Français vers l’ouest. Et puis, dans la foulée, la panique s’était relancée vers le sud alors que les Stukas mitraillaient les routes… Une partie de ces milliers de pauvres gens fuyant l’orage avait mis du temps avant de faire demi-tour. Les nazis qui venaient d’occuper leur village attendirent en jubilant que tout le monde soit rentré à la maison pour en chasser les plus rétifs

L’on comprend que pour disséquer à chaud cette énorme pagaille où s’emboitaient fort mal des drames différents, les historiens n’aient pas été trop regardants. D’où leur tendance à ne pas trop chipoter sur les dates. 

 Cliquer pour lire la suite.

 

1

Les anciens d’Amnéville avaient, dès la fin juin, eu vent qu’un bruit courait… Le bronze du général de Gaulle, patiné depuis une trentaine d’années sous leur regard quotidien, allait dans quelques jours, partir aux enchères.

Ce n’était pas une blague. L’œuvre appartenait à l’Office de tourisme, et ce dernier, mis en faillite, devait s’en dessaisir, c’est la règle. La vente avait eu lieu à Verdun.

Que dire, une vente ? Un piège plutôt… Il fallait un certain goût du risque pour tenir ce rendez- vous, certes assez rigolo, à propos d‘un général qui ne l’était pas tous les jours.

Du coup, la séance n’eût pas le rythme habituel des surenchères à bout de souffle. Très vite, on s’aperçut qu’un diable se planquait dans la tranchée avec un téléphone en guise de baïonnette. Une fois… deux fois… trois fois ? Adjugé !

C’est ainsi qu’au lieu de la pelle du 18 juin, ce fut, pour le gagnant, la bonne pioche du 16 juillet.

Mise à prix à 5 000 euros, l’œuvre de Claude Goutin se retrouva, pour 68 000, parachutée en 2020 sur nos élections municipales comme un bazooka de deux mètres largué d’un Lysander anglais sur un maquis de 1943. Le premier qui le trouvait dans la bruyère le rapportait alors au commandant.

L’identité masquée de l’acheteur plongea le public dans un abîme de suppositions folles, comme il l’aurait fait pour un Picasso. Qui pouvait tirer les ficelles ?

Le petit groupe d’Amnévillois savait certes qu’il faut un perdant au bout d’une enchère, mais ça ne l’empêcha pas de quitter Verdun avec l’impression de s’être fait rouler dans la farine.

2

La municipalité fit appel devant un procédé qu’elle jugeait cavalier car sa crédulité n’avait pas pesé lourd dans la balance. Elle avait espéré un grand moment de communion mosellane. Elle croyait que le panache du grand Charles empêcherait un étranger de desceller sa longue silhouette et de la trimballer ailleurs comme on coupe un bambou.

Par miracle, le mystérieux acheteur n’était pas insensible non plus. Dès qu’il eût flairé que le fric frac pouvait mal passer dans la mentalité locale, alors que dans la départementale, on n’était même pas au courant, il révéla son identité : la société Derichebourg.

Dans la tête des Amnévillois, le nom fit d’abord sourire… Ensuite, ce fut la gêne. L’achat semblait malvenu à propos d’une personnalité hautement patrimoniale, alors que la firme est plutôt connue en Moselle dans le retraitement des déchets.

3 4

Constatant les dégâts, Derichebourg fit carrément marche arrière et l’anguille sous roche apparût. La firme offrait la statue… à la ville de Metz, ce qui changeait la perspective.

La nouvelle municipalité messine, élue fort démocratiquement, mais à un bretzel près, ne pouvait en effet rester silencieuse. Le maire fit d’abord savoir que ses intentions étaient pures. Un cadeau, ça ne se refuse pas mais lui, personnellement, n’avait rien contre Amnéville. Il voulait seulement empêcher la statue de quitter le département, au cas où…

L’opposition, mal remise de sa défaite ric rac, ne pouvait rater si belle occasion de coincer une première bulle d’air dans l’alambic municipal. Une élue verte suggéra au nouveau patron de la ville de refuser ce cadeau à la hussarde. En grand seigneur, il devait retourner le bronze à la firme afin que, dans l’espoir de réparer la gaffe, elle la rende à son tour aux pauvres Amnévillois, au petit prix qu’ils pouvaient proposer.

On n’aurait pas trop de souci pour les finances de Derichebourg. Avec ses sept filiales dans le nord mosellan et sa présence dans douze pays, il n’en était pas à 68 000 euros près, même si ça pourrait monter à 80 000 avec les frais.

Depuis, Amnéville se retient de jeter de nouveaux grains de sel dans une soupe déjà mal cuite. Le maire de Metz jure qu’il n’était pas dans les cuisines mais à partir du moment où la presse entière se mord les joues pour ne pas rire, persuadée qu’il tenait la louche, il ne peut accepter de perdre la face. Aucun Paraige n’aurait le droit de priver la cité d’une statue qui va plaire à ses habitants. Même si les Messins n’ont jamais rien demandé.

5

Difficile d’imaginer la réaction de Claude Goutin vu qu’au Paradis des grands bonshommes, on ne répond pas au téléphone. Par contre, on peut douter qu’à la sortie de cette opération de communication, le comptable de chez Derichebourg auteur de cette idée géniale ait touché une prime.

Il va bien falloir trancher, avant septembre. Quel que soit le vrai diable dans cette embrouille, nous lui conseillons, pour sortir du trou, de profiter d’un weekend et de sauter, masqué de bleu, dans l’autorail d’Epinal, pour demander conseil au Pinau.

6

Ce jeune homme, beau comme Achille, ne vit pas en effet dans les Charentes comme le pensent les ignorants, mais sur un socle, au centre de la sage capitale vosgienne.

Aussi respectée que celle du grand Charles dans Amnéville, la statue du Pinau est l’une des élégances de la ville, Elle nous le montre fort occupé à sortir une épine de son talon. Quand on veut jouer dans les allées du Patrimoine, il faut savoir où l’on met les pieds.

 

                                             JG. Août 2020

 

 

pangolin

1515 c’est Marignan, et 1789 la Bastille. Mais 2020 dorénavant, c’est Covid-19 et des poussières... Qu'on se le dise.  Cette sale histoire de virus aura troublé Metz et Nancy même si la chance resta minime de croiser (comme sur ces photos, de gauche à droite) un pangolin au coeur de Coislin ou un tatou à l’entrée de Laxou.

Paris avait promis des milliards à la région pour compenser l'effort hospitalier… Or la Moselle s’est vite aperçue que le compte n’y était pas. Avec plus de 800 morts, elle recevait la moitié de la Meurthe-et-Moselle qui , fort heureusement pour elle,  déplorait moins de 400 décès.  L'affaire est à suivre. Tout va dépendre des élections.

On comprend mieux le sens d’une inscription bizarre, retrouvée récemment dans les fouilles à Bliesbruck : “Le pangolin n’en pense pas moins mais avec le tatou, faut s’attendre à tout “

Le Grand Est n’aura pas eu le temps de  raconter ce printemps funeste. Dès qu’à Mulhouse un jamboree de contemplatifs eût ravalé son prêchi-prêcha, toutes les blouses blanches de la région se sentirent aspirées, comme dans un entonnoir, vers un labyrinthe de couloirs bleutés mais hélàs encombrés d’urgences, un enfer qu’elles eurent l’élégance de ne pas quitter avant de finir le travail. Même les paons les plus moqueurs du zoo d’Amnéville n’auraient pu les accuser d’avoir abusé de la pause-café.

Fort occupés depuis à trouver des lits vides, nos courageux samaritains n’avaient même pas eu le temps d’écouter la radio, ce qui leur permit d’échapper au babil des spécialistes, autour des studios. Quatre mois plus tard, nos "consultants" postillonnent encore en direct dans le poste… Devenus des fakirs du Corona, une centaine de quadras survoltés répondent au premier coup de téléphone pour mettre un grain de sel dans la soupe. Bien que rarement du même avis dès qu’on les filme, leurs egos s'étalent dans l’hexagone en ignorant les finesses d’antan. Ils ont oublié qu’il faut toujours enrober de conditionnel un argument qui décoiffe. Ils ne savent pas que la meilleure façon de désarmer le perroquet d’en face est de lui confier qu’on a pu se tromper.

Pour la presse, une prise de bec est donc l’aubaine. Avec un peu de yoga et le goût de la dispute, tout mot qui fait mal n’est jamais que balle perdue. Notez que ces Oracles ne disent pas forcément des bêtises. C’est plutôt leur assurance, nous dirons leur condescendance, qui ne passent pas.

Depuis la multiplication des vidéo-conférences, ils arrivent enveloppés de papier argent, alignés comme des marrons glacés dans une boite. Chacun dans sa petite fenêtre avec ses trois rangées de bouquins dans le dos pour montrer qu’il est cultivé, ils attendent leur tour de chauffe. Quand l’un d’entre eux dit une ânerie, on en repère toujours deux ou trois qui se mordent la joue pour n’en pas sourire, juste assez pour qu’on s’en aperçoive… Si l’un d’entre eux ne bronche pas, c’est qu’il est de la vieille école.

La vidéo-conférence à propos de la pandémie est devenue un Jeu de l’Oie métaphysique. On s’interroge sur le sens de la vie en pensant aux élections. Pierre Desproges nous avait pourtant prévenus que le pangolin avait horreur de tout ce qui bouge. Son truc, c’est qu’on lui foute la paix. Il ressemble, disait-il, à un artichaut à l’envers avec des pattes prolongées d’une queue à la vue de laquelle on se prend à penser que le ridicule ne tue plus.

J’ai vérifié sur Wikipédia. Le perroquet cancane, d’accord, mais c’est sa façon de causer. Il peut crailler mais il peut aussi craquer, il peut croailler mais aussi croasser, il peut jaser dans toutes les langues... Alors que le pangolin n’en place pas une.

On a envie de le secouer. Mais défends-toi, bon sang ! Aussitôt, il se met en boule, la tête prise en étau dans les pattes. On dirait une pomme de pin obèse alors que la chauve-souris a l’air d’un Mickey en parapente, avec son petit museau rose. Quant au tatou, c’est le tatou.

Pauvre pangolin… Il devenait fatal que sa molle innocence finisse par influencer notre imaginaire européen. L'animal est dorénavant responsable des humeurs qui, depuis la nuit des temps, couraient dans sa viande. Les Chinois le mettent à toutes les sauces, avant d’aller au lit. Ils retournent une écaille et s’en servent de cuiller pour gober le jus, comme on le fait pour nos vinaigrettes, dans le galbe d'un artichaut.

Haro donc sur le pangolin. Les Français ont la manie de trouver toujours un responsable. C’est dans leur culture politique. Il leur faut une dépouille au clou. Bazaine, qui n’avait que sa nullité sous les médailles, fut le pangolin de 1870. Alors qu’aujourd’hui, des tatous bien plus excités n’ont que fureur sous les écailles. Suivez mon regard.

pangolin_2.jpg

Dans ce théâtre d’ombres, nos consultants nous rabachent que rien ne sera plus comme avant. Pierre Dac avait pourtant dit que ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n’en savent pas plus qu’eux.

Je me range humblement dans cette catégorie, mais slalome tous les soirs à la télé en guettant les signes de ce renouveau éventuel. Alors que de vrais clowns, bien que destabilisés, continuent de nous pitonner les fosses nasales pour grimper jusqu’à nos cerveaux et planter leur drapeau.

                                                                                JG. juin 2020

  

 

01 ouettes

Un aveu : le titre n’est pas de mon cru.

Il est le nom qu’utilisent les Orthodoxes

pour parler du dimanche des Rameaux.

Alors que pour moi, celui du 5 avril 2020

serait plutôt le dimanche des Pieds Palmés…

 

02 rameaux

 

Or donc, en ce début d’avril, il était onze heures à Metz et dans ma bulle. Depuis un mois, je confinais dans un Web bariolé où ma curiosité mordillait les infos. Guetter sur CNN la descente aux enfers d’un Président américain devenait une tragédie shakespearienne aux dimensions d’un clown.

Dans ce climat  très anxiogène, un cri rapeux avait  affolé ma souris. Ça tenait de la  chambre à air à l’agonie ou d'une  corne de brume au Cap Horn. C’est comme on veut.

Tiens-tiens, me dis-je. What is the matter ? Les cloches de Pâques seraient-elles en avance cette année...

A la fenêtre de mon quatrième étage, où le silence qui montait du trottoir se coupe depuis un mois au couteau,  le cri rebondissait d’une mansarde à l’autre. Comme un appel.

« Il y a quelqu’un ? Il y a quelqu’un ? »

Je courrai dans la pièce à côté pour découvrir, solidement campés dans la fenêtre, deux gros oiseaux derrière la vitre. Leur bec n’avait rien d’extra-terrestre, mais dans nos rues vides, je les sentis en grand désarroi. Leur regard fixqait  le Quartier impérial et sa Gare sublime, n’en déplaise à ce m'as tu vu de Barrès.

  Nos visiteurs avaient un problème, c’est sûr. Ils cherchaient leur chemin dans une ville minérale  qu'on avait mise  de surcroit en respiration artificielle. Pas un chat pour miauler, pas un chien pour bouger la queue, pas de voitures, pas un vélo. Rien qu’un Mangin en statue de sel, et toujours aussi pète sec.

Soudain, mes deux volailles se retournent et nous voient. Elles nous laissent approcher en douceur, soulagées de trouver  des Messins qui bougent. Pour les photographier , mon épouse et moi progressons comme deux Sioux en pantoufles.. Minute de charme... et nos bestiaux  brusquement décollent sans nous dire au revoir. On s’en fout ! Je les ai dans l'iPad.

Nous les recadrons dans l’ordi C’est bien ce qu’on pensait. Des “oies cendrées“... enfin, à première vue car je ne suis pas ornithologue. Il nous faudrait farfouiller dans leur intimité pour trouver deux barres noires sous leur ventre blanc… Or chez ces animaux très pudiques, on ne rigole pas avec la vertu. J'ai peur de prendre un coup de bec,  ce qui, chez les  anatidés, vaut la paire de gifles chez les humains. La seule chose dont j'étais  sûr, c’est qu’ils n’étaient pas des Gilets jaunes. Par mail, j’envoie la photo à quelques amis.

André Greiner, qui sait plein de choses, me répond aussitôt que mes oies sont des “Canards d’Egypte“. J’ai l’air malin… Mais pas question de les prendre pour des oisillons tombés du Nil. Quand on les approche, non seulement ils pincent, mais ils mordent.

Dominique Gros, plus tard, nous met d’accord. Ces canards egyptiens à la Grèce d’oie sont des Ouettes. Il les connaît bien avec leurs lunettes noires. Depuis trois ans, du fait du bazar climatique, elles ont colonisé l’ouest messin autour du plan d’eau, en laissant tomber leur aller-retour  annuel chez Toutankhamon. Quand il rejoint à pied son Hôtel de ville, notre maire a souvent l’occasion de saluer ses concitoyennes après les avoir croisées entre Moselle et bras morts. Les miens m’en tombent.

Tant pis pour le scoop. A l’Ouette, rien de nouveau… A l'Est non plus d'ailleurs.  Je ne vois qu’un motif à ce dimanche des Pieds Palmés. Quatre pattes orphelines ont perdu leur Moselle.  Mais j’ignore comment elles ont trouvé l’adresse de ma fenêtre…

Je ne pouvais rien pour elles. Depuis que la région s’appelle Grand-Est, les quatre départements lorrrains pointent aux intermittents.   Nos confrères parisiens, déjà bien connus pour leur ignorance des subtilités locales  excepté la quiche, mes confrères disais-je, les ont carrément oubliés quand ils écrivent sur le virus. C"'est comme un gros trou noir entre Alsace et Champagne.

Merci à ces braves bêtes. Je ne parle pas des collègues,  mais de nos beaux oiseaux râleurs. Ils méritent largement la palme car ils ont rechargé nos piles de poésie. Alors que tant de Lorrains sont en souffrance et que le fonds de l’air est lourd.

 JG, 7 avril 2020

 

 

02

Depuis qu’à Metz, au quartier de la gare, le Père Noël fait le beau sur le gazon du général Mangin, nos deux célébrités ont apparemment des choses à se dire. Lundi dernier, j’ai surpris leur manège en allant chercher mon pain. Vous me direz qu’ils auraient pu se téléphoner mais la Grande Poste est au Mont de Piété.

Or donc, je vis Mangin regarder de haut les Messins qui passaient avec des paquets sous le bras. Il prenait son nouveau voisin à témoin.

‒ Pauvre France ! Et la petite Lorraine qui s’y croyait déjà… Vous l’avez vue, samedi, à la télé ? On peut dire qu’elle a eu chaud.

‒ Vous parlez de Jeanne d’arc ?

‒ Je parle de leur Miss. En poupée cocorico,elle avait l'air d'une sauterelle au bout d’un hameçon, et trempée dans la mer Rouge encore...

‒ Pourquoi dites-vous qu’elle a eu chaud ?

‒ Parce qu'elle l'a échappé belle et la Lorraine aussi. Les cuisses à l’air, il ne lui manquait plus que la plume au croupion.

‒ Simple erreur de casting. On lui a dessiné une nouvelle robe au dernier moment et ni vu ni connu.

‒ Sauf que tout le monde l’a su quand même...

‒ Qu’est-ce que ça peut faire puisque qu'elle n’a pas été élue.

‒ Des trucs pareils, ça vous suit longtemps. Vous savez ce qu'est devenue la presse... A la première occasion, les fouineurs ne résisteront pas au plaisir de ressortir le  costume du placard. Vous voyez votre Miss Pitou, déposer sa gerbe aux Monument aux Morts ?

Le Père Noël ne répondit pas car dans sa barbe, il était du même avis. Si la demoiselle avait gagné le cocotier à Marseille, le mistral aurait déjà soufflé dans les branches.

Sur ce, le feu passa au vert et je n’entendis plus rien… Vingt-cinq voitures déboulaient, plein pot, de la rue Pasteur pour s’engouffrer, champignon fumant, vers la rue Charlemagne. C’était la première fois depuis quatre ans que les Messins  retrouvaient leur goudron sur deux voies, après un chantier bancaire interminable. Alors ils en profitaient, les bougres. Mais dès qu’au croisement le rouge réapparût, le Père Noël redonna de la voix.

‒ Mon pauvre Mangin, on n’est plus en 1870! La couturière ne voulait provoquer personne. Elle pensait rendre hommage au contraire. C’est un ami qui lui en avait soufflé l’idée pour le centenaire de l’armistice. Elle avait justement choisi le pantalon garance. Miss Lorraine, en l’enfilant, n’y voyait rien d’anormal non plus. Au lycée, on la regardait comme une extra-terrestre parcequ'elle avait des jambes de princesse.

‒ Et vous appelez ça un hommage ! La Lorraine n’est pas Tahiti ! Elles auraient du prévoir l'avenir

‒ Avec un portable vissé dans la paume, on ne peut plus se faire tirer les lignes de la main.

‒ De mon temps, on respectait les Poilus.

Subitement, le Père Noël devint tout rouge, mais vraiment rouge, y compris l’hermine et la barbe.

‒ Taratata avec vos Poilus ! Et les dragées de Verdun ? Ne venez pas me sussurrer, quand vous en sucez, que vous n’avez jamais su ça.

‒ On n'a pas de poupées dans les casernes.

‒ Ça, je le sais. Mais Miss Lorraine n'y vit pas non plus. C’est une gentille fille, jolie, pas bête et bien roulée. Seulement venue à Marseille pour gagner, comme ses copines.  Pas très malin de lui dire qu’elle a  de la chance d’avoir perdu.

‒ La belle affaire...

‒ Moi, je les plains, ces filles. Dès qu’elles montrent un centimètre de trop, il y a toujours un moraliste qui les voit en petite culotte…

Le général gardait les bras croisés, le signe qu’il faisait un gros effort pour réfléchir… Mais le Père Noël était en forme.

Calmez-vous, Mangin ! Si l’on habillait Miss Montelimar en nougat ou Miss Nancy en bergamote, ça vous gênerait ?

Pas du tout.

Alors, basta ! Les deux filles ont compris qu’elles étaient novices dans le métier. Quand on veut être drôle et qu’on fait une gaffe, on s’excuse, ce qu’elles ont fait. Le coq doit cesser de chanter quand la poule pond un œuf carré.

Quand la poule pond quoi ?

Laissez tomber. C'est un proverbe chinois.

C’est alors qu’arriva un pigeon..  Ils ne sont pas rares dans le quartier mais celui-là est spécial. Il roucoule tous les matins aux fenêtres d'un deux pièces cuisine, au quatrième étage d’un immeuble bourgeois bardé de tubulure et face au géneral Mangin. Notez qu’on n’a jamais vu travailler personne sur cet échafaudage étrange, monté en urgence il y a plus d’un an ! C’est la raison pour laquelle les ramiers s’y prennent souvent pour des colombes et les colombes, parfois, pour le Saint Esprit.

Eh là, vous deux ! dit l’oiseau. Vous n’êtes pas clairs dans la tête.

On ne t’a pas sonné, répondit Mangin.

J’ai tout entendu quand vous causiez. Ne faîtes pas les étonnés. Vous le saviez que la présidente du premier Comité Miss France est une Lorraine connue pour sa dialectique affûtée. Quand on veut lui faire manger son chapeau, elle tape dur. Virée sans ménagement il y a neuf ans, elle reprochait le mois dernier à ses remplaçants de n'avoir pas tiqué en découvrant ce projet discutable. Qu’on puisse associer l'image nunuche d'un concours de beauté à l'iconographie des souffrances locales lui paraissait une offense. Alors elle l'avait fait  savoir et le président des anciens combattants de Moselle itou.

Pigeon, tu causes comme un Oracle, dit le Père Noël. Mais où veux-tu en venir ?

On devrait le savoir par cœur : côté corde, motus dans la maison du pendu. Ceci dit, comme Endemol a molli, la Lorraine s'en remettra. Miss Lorraine s'en remettra. La couturière s'en remettra. Le Comité s'en remettra. Il n'y aura, encore une fois, que les gens d'ici pour penser que cela suffit. Ils passent leur temps à répèter que la Moselle est verte, mais un tas d'ignorants la veulent en  bleu horizon

Et sur ces mots, l'Oracle s'envola vers ses tubulures.

‒ C'est qu'il parlait d'or, notre oiseau... conclut le Père Noël. Nos mémoires sont encombrées de soucis refoulés. Dans cette région hantée, la moindre paire de pantoufles retrouvée au fond d'un grenier peut vous ressusciter un malgré-nous. . Si vous vous faîtes du mauvais sang, ne le fourrez jamais dans les réseaux sociaux, car ils  en feront de l'eau de boudin.

JG. decembre 2019

 

 

01 MARTINE LIT DOCA.ULYSSE 1

 

 

 

 

 

 

 

 

d ULYSSE

 

 

 

 

Dans une lettre aux odeurs d’odyssée, Martine, devenue parisienne en 1971 mais restée par le sang mosellane des Trois frontières, m’avouait récemment qu'elle se sentait par le cœur auvergnate du fait de sa naissance en 1948. Du coup, moi l’Auvergnat, devenu messin en 1966, je m’y perdais un peu...

Avaient heureusement suivi cinquante pages et des photos. À la relecture de ce ressenti plein de pudeurs à géométrie variable, je compris vite que cette dame ne racontait pas sa propre histoire, mais la ”drôle de guerre” d'Ulysse Brasseur, son papa, découverte soixante ans après dans un petit carnet noir.

Je vis aussi qu'elle avait de la mémoire. Du sang lotharingien avait beau couler dans ses veines, elle en savait sans doute autant que moi sur la moustache de Vercingétorix (qu’on voit encore de loin place de Jaude à Clermont-Ferrand) ou sur celle de Guillaume II (qu’on ne peut plus voir, même de près, à l’entrée de la Cathédrale de Metz vu qu’elle y fut rasée de frais en 1919 par un mosellan revanchard).

Sa démarche avait beau se vouloir un geste filial, elle donnait à un Auvergnat mosellisé l’occasion rare de voir de près des Mosellans arvernisés. Le récit qu’elle m’envoyait nous ramenait aux nuages noirs de 1939 alors que ma correspondante avait vu le jour dans les rosiers de l’après-guerre, quasiment une dizaine d’années plus tard. Mais son futur père avait lui, et depuis longtemps, les pieds sur terre. Vaguement conscient que l’orage était proche, Ulysse Brasseur avait gaillardement brûlé sa jeunesse dans le petit univers frontalier qui va de Metz jusqu’au village d’Aboncourt, à une quinzaine de kilomètres au nord-est, donc à cheval sur la ligne de séparation linguistique mais côté Platt.

Nanti d’un esprit pointu, sauf pour le casque, il se faisait probablement du souci pour la suite des évènements alors qu’avec quatre copains de la même fournée, il prenait la pause à la sortie du Conseil de révision. Jusque-là, comme on disait à Berlin, à l’ouest rien de nouveau.

05 LES DEUX CONSCRITS

Seulement voilà, notre homme s’appelait Ulysse, un prénom qui ne courait pas les rues dans Aboncourt... Les dites rues y étaient rares, mise à part la dénommée 78 qui menait droit vers la ligne Maginot… On se doute que père d'Ulysse ne se nommait pas Laërte, fils du roi d’Ithaque, mais plus simplement Emile. Il travaillait aux Chemins de fer alors que Blanche-Flavie sa femme, tenait la maison, avec leur fille Olga. Ajoutez 300 habitants et quelques mirabelliers autour. Pas besoin d’un drone pour en savoir plus.

La photo date du 15 mars 1939, six mois avant la déclaration de guerre. Ulysse est à gauche, dans l'encadré. A droite, c'est Hubert Houillon, qui deviendra plus tard son beau-frère.

 

Cliquer pour lire la suite...

 

 

1 images bonneteau

A quelques jours des élections européennes, était-ce le meilleur moment pour jouer la Moselle au bonneteau ?

La manière fut si imprudente que même Feu le chanoine Collin s'en  émut. Lui qui, depuis 1921, dormait au Paradis des Justes, s'est offert en mai 2019 une frayeur des années trente.

Ne me demandez pas d’où je tiens l’info.

En nous excusant de ressucciter son image, rassurons donc cet homme d'église dont le patriotisme chatouilleux, vaporisé dès 1919 dans ses articles du "Lorrain", sert encore à Metz de référence au dernier carré barrèsien : Qu'il dorme sur ses deux oreilles. Quelle que soit demain la couleur du gobelet,  une Moselle en boule en sortira toujours  verte.

Mais quelle idée saugrenue de  tripoter en trois dimensions les bornages d’un pays frontière déjà suffisamment compliqué avec deux ?   et tout cela par jeu ?

Vous ne vous rendez pas compte ? Nous avons l’air fin, à présent, avec notre "Moselle humiliée"… Pourquoi pas "Moselle enfumée", du temps que vous y étiez !

C’est un souriant maire de Nancy qui  avait tiré le premier, en suggérant aux Mosellans d’aller se faire voir ailleurs. La France pourrait profiter de l’aubaine pour les remplacer par des Champenois de la Haute-Marne,   vrais-faux Lorrains sans doute, mais allergiques à l’eau Platt.

D’où ce fameux déjeuner-débat sur l’avenir du Grand-Est. Il se tenait au "Club du lundi", le genre de causette qui ne mange pas de pain mais  tartine le futur. à la petite semaine.

2 Henard fait flop chez Weiten Numeriser

  

Cliquer ici pour lire la suite…

 

                           1

 Depuis cet hiver à Nancy, le feu couve à l’Université lorraine. Les pompiers n’étant pas toujours libres, c’est un serrurier assermenté qui doit débloquer tous les matins une grosse boite aux lettres en surchauffe.

Chaque fois, le premier courrier vibre de colère mais ceux qui suivent ne sont pas moins chargés. On peut conclure sans avoir fait Sciences Po que la ralbolisation des cervelles mosellanes est en route. Le plus gros  vient du 57.

Chacun de ces Mosellans humiliés (tiens, ça ne vous dit rien ?) pose la même question au Président de l’université lorraine, en lui secouant la barbichette.

_ Qu’est devenu Mista ?

Ce nom vous dit quelque chose ... Mista... Bon sang ! Mais c’est bien sûr… Il  fait penser à un refrain célèbre écrit en 1965, ce qui ne nous rajeunit pas. Nino Ferrer, un chanteur très attachant mais remonté comme une pendule, descendait en hurlant les escaliers du métro et questionnait la cantonade :

_ Z’avez pas vu Mirza ?

 

2

  

Je conviens que le rapprochement a des limites. La Mirza de Ferrer était une chienne alors que la Mista du Président est une école d’ingénieurs. La première est un tube alors que la seconde est un rêve coincé dans les tuyaux.

Où est donc passé ce chien ?

Je le cherche partout

Où est donc passé ce chien ?

Il va me rendre fou

Où est donc passé ce chien ?

Oh yeah, ça y est je le vois

C’est bien la dernière fois

Que je te cherche comme ça

Lala Lala Lala

 

Pour MISTA, c’était moins « oh yeah » : depuis deux ans déjà, cette fameuse Ecole était promise aux Mosellans même si le  cadeau de mariage avait traîné. Tout le mone comprenait que, venant de Nancy, le beau geste avait doublement du mérite. L’ennui, c’est que Mista s’était perdue en route... Personne ne l’avait vue se noyer dans la Moselle car ils n'ont plus  de garde-champêtre à Pont-à-Mousson.

La chance, pourtant, c’est qu’au lieu d’arriver en avril comme d’habitude, les giboulées de mars étaient à l’heure… Une rafale de questions avait subitement secoué les voilures de cette Ecole fantôme.. Sous la pluie qui tombait dru depuis, la mer avait enfin débordé.

Oh yeah, ça y est je la vois

C’est bien la dernière fois

Que je te cherche comme ça !

Trois ans après le tube de Nino Ferrer, il y eût 1968… On se souvient de la suite. Le 27 mars 1969 à Strasbourg, le recteur Bayen regarde les Messins dans les yeux avant de leur lâcher, en grand seigneur, une injonction devenue célèbre : “Vous voulez une université, prenez là ! “

Metz l’avait prise en effet, avec passion. Elle n’en revenait pas d’avoir gagné mais ne pouvait s'empêcher de se méfier, par atavisme. L’élégance avec laquelle Strasbourg avait soldé la fin d’aussi vieilles amours ne masquait-elle pas quelque rancune ? Par maitrise intellectuelle, par intelligence politique et pour sauver l’image de l’institution, le recteur avait peut-être minimisé le fait d’avoir été plaqué... En ce temps-là, les amants éconduits savaient sauver la face quand ils étaient bien élevés.

   Cinquante années plus tard, tout a bien changé. Le monde des clercs est devenu brutal et le savoir-vivre universitaire a disparu en France. Le demi-siècle de réenchantement lorrain, imaginé à l’ombre des mirabelliers en fleurs, n’a pas eu eu lieu. Les Mosellans, pas rancuniers, ont certes oublié à Strasbourg leur vieux plumard sous la mansarde, mais s'ils  dorment aujourd’hui à Nancy dans  un dortoir ensoleillé, c'est dans un lit en portefeuille.

On s'en doutait. En janvier 2012, l’idée de réunir , dans un espace de grande envergure,  deux entités lorraines aux contours aussi disproportionnés, cette idée disai-je, partait  d’un bon sentiment, mais ça ne voulait pas dire qu'à terme, et vue de Nancy, elle aie  impliqué dans dix ans, dans vingt ans, une cohabitation rééquilibrée. Et puis quoi encore ?

Les Messins ne s’étaient jamais fait d’illusion… Leur petit doigt savait dès le départ qu’il serait difficile de planter des pilotis assez pointus pour s'incruster dans les marécages d'un imaginaire frontalier  truffé d'images d'Epinal, d'émotions complexes et de cocoricos en vrac.

Malgré ce flou dont le nord-lorrain gardait conscience, le projet d’une Ecole d’ingénieurs de cette dimension à Metz (management, ingénierie, sciences et technologies avancées, excusez du peu) restait la moindre des choses alors que Nancy en avait déjà dix du même tonneau !

Même si une minorité de Mosellans avait pu  craindre  que cette implantation leur soit consentie avec condescendancen, jamais l’idée ne les avait effleurés que sous le mol édredon de la nouvelle Université lorraine, des greffiers puissent, de MISTA, bricoler l'organigramme en douce.

C’est bien la preuve que dans cette mystification, il y avait un os.

 

Cliquez ici pour lire la suite…

 

 

 

01

Bonne surprise: ce haut de page, qui pour une fois n’est pas de nous, est un vrai cadeau de Noël dans cette drôle d'époque, alors que la France a la tête ailleurs… On vous explique…

 

  

2 3b

Lorsque qu’après m’avoir contacté par téléphone, Jean-Claude Laffont et Anne-Marie Le Pense sonnèrent à ma porte, j’en restai fort étonné, puis impressionné. Comme disent les jeunes aujourd’hui, Respect !

Amoureux de Metz depuis une trentaine d’années, cet ancien officier d’origine occitane, revenu en Moselle à sa retraite, assure la correspondance de la revue "Le Mérite". Quant à l’authentique mosellane d'Hagendingen qui l’accompagnait, elle représente le secteur messin de "l’Ordre national du Mérite". Diable ! C’était du sérieux.

Je me doutais que les 20 000 lecteurs de la revue y retrouvaient, plusieurs fois par an, une exigeante pédagogie de l’unité nationale, mais j’ignorais que leur curiosité pour l’histoire de France pourrait les amener, en 2018, jusqu’à la moustache de Bismark, grâce au simple flair d’un Toulousain.

Quand ils me demandèrent si je voyais un inconvénient à la publication, dans "le Mérite", d’un texte vieux de onze ans sur "l’humiliation" des gens d’ici, j’eus de la peine, l’ayant pondu, à cacher un cocorico intérieur.

Il s’agissait en effet d’une conférence que m’avait demandée le Conseil général lors de sa "Journée des mémoires mosellanes" le 20 octobre 2007 à Montigny-les-Metz. Et pour être être franc (rien à voir avec Clovis) je pensais qu’en y dépiautant, une fois pour toutes, l’ensemble du bouquet de cactus de l’époque, il ne me serait plus nécessaire d’ y revenir plus tard aussi globalement. Mieux vaudrait, à mes yeux, dans "Moselle humiliée", effleurer chaque fois l’un ou l’autre de ces pièges de l’annexion.

C’est la raison pour laquelle, assez paradoxalement, ce long discours de Montigny ne fut pas publié dans notre site, alors qu’il le fut par nos amis d’ASCOMEMO dans le leur.

La curiosité de Jean-Claude Laffont m’aura ouvert les yeux. Il est vrai qu’au premier contact, son accent du sud-ouest m’avait montré qu’il était, comme moi, un Français de l’intérieur mosellisé, ce qui crée forcément des liens.

Je réalisai facilement qu’au-delà des fidèles de sa revue, celle-ci pouvait aussi, par le hasard des amitiés, voyager tout autour de la terre, et tomber, à l’ombre d’un bananier, sous les yeux d’un des 185 000 décorés de l’Ordre national du Mérite, ce qui devait faire du monde, qu’ils fassent la sieste ou non. Une pub pour la bonne cause, en somme. Un cadeau.

Quel cadeau ? vous demandez-vous : Je dirais… la preuve qu’une prose sans prétention historique mais libre de toute attache trouve toujours un lecteur confiant, du moment qu’elle évite de tremper le bout d’un petit doigt de pied dans le marais glauque des réseaux sociaux.

La démarche inattendue de Jean-Claude Laffont et Anne-Marie Le Pense ajoute de l’espoir aux Mosellans qui se croyaient incompris. Avant que tous les glaciers du monde aient fondu, avant que le département soit pour la cinquantième fois redessiné par un aménageur, elle nous fait souhaiter que la France de l’intérieur aie encore le temps d’apprendre par cœur à ses écoliers ne serait-ce que cinquante lignes sur l’effet ambigu des annexions. Afin que, dans le déluge d’images qui nous embrume et le chaos d’idées qui nous enfume, le destin cruel et si mal connu des frontaliers entre 1870 et 1946 ne tombe dans l’oubli.

L’hexagone a toujours vu la Moselle par le petit bout de la lorgnette. Il ne sait pas que de son nord-est, pas mal de Mosellans germanophones viennent à Metz quand ils ne peuvent pas faire autrement… Il ne sait pas non plus que de son sud-ouest, on trouve des Messins qui ne passent la frontière que pour remplir leur réservoir…

Et pourtant, au-delà de ce folklore, il ignore surtout l’essentiel, comme un secret de famille : dès qu’il faut se méfier de Paris, de Strasbourg ou de Nancy, les deux cultures si différentes ne font plus qu’une ! D’où cette complicité au ras des mirabelliers en fleurs. Elle fait le charme d’un département complexé mais riche de son binôme.

C’est ainsi qu’à mes yeux, le geste d’Anne-Marie Le Pense et Jean-Claude Laffont a du sens. L’homme a vite adoré la région. Il aime fouiner dans les bibliothèques et connaît son Gravelotte par cœur. Il joue au billard et parle avec les gens. Voilà un Cathare qui n’arrive pas trop tôt !

Ils ont tenu parole en septembre dernier. A lire les premières réactions dès la parution du texte de Montigny dans "Le Mérite", je me dois de les remercier pour ce double coup de pouce et leur renvoie sportivement l’ascenseur. (section57.anmonm.com). Alors que partout s’agite un nationalisme à tête de mule, leur geste à contre-courant est bon signe.

 

 

drole depoque 

Pardon d’évoquer un souvenir personnel. Ayant choisi ce titre, voici des années,  pour rédiger  tous les dimanches  un petit millier de billets d’humeur à la proue du Républicain Lorrain, j’avoue n’avoir alors jamais eu l’occasion d’y commenter un événement aussi drôle qu’un projet spatial luxembourgeois !

Vous l’avez lu dans le journal : le Grand Duché aurait déjà son agence pour financer un plan canon. Il s’agirait, si j’ai bien compris, d’une fusée capable de godiller dans le tas de ferraille en apesanteur qui tourne en boucle autour de la terre, afin d’en désintégrer chaque débris à bout portant. On entasserait ce qu’il en reste dans un filet avant de le récupérer doucement, à la louche, vers les poubelles de la technologie. Un peu comme, avant le dessert, on gratouille au ramasse-miettes la nappe des bons restaurant.

Je vois sourire les Mosellans qui, chaque matin pendant deux heures, trépignent du mollet droit pour rouler jusqu’au Kirchberg sans toucher au champignon… Ils ont tort de ricaner car le Luxembourg a les moyens.  Même avec un feu follet au derrière, le moindre robot  parti d’Echternach pourrait trouver son chemin dans cette batterie de cuisine, vu qu'un pied  coincé dans une casserole, il reculerait aussitôt des deux genoux...

On oublie que le pays a beaucoup d’atouts. Sa nature est belle, ses gens faciles à vivre, son essence moins chère, ses flics invisibles et ses feux rouges longuets. De plus, il donne du travail à ses voisins, ce qui nous interdit toute arrogance, même si ses poubelles ont parfois la faiblesse de passer la frontière en catimini. Mais je vous parie une bouneschlupp et un verre d’Elbling qu’aucun frontalier mosellan n’aurait jamais pu imaginer, au ventre d’un aspirateur spatial, la cocarde du Grand duché !

Tant mieux pour lui si les hasards de l’histoire l’ont soudain placé au lieu géométrique de tous les blocages alors que, depuis le Brexit, une pluie de points d’interrogation tambourine sans arrêt aux vérandas des ambassades. On peut, à ce propos, trouver naïf le moral lessivé des derniers fondateurs de la vieille Europe comme si la Grande Bretagne ne leur avait pas, dès les années cinquante, savonné la planche. D’éminents "consultants" s’étonnent encore et je me suis toujours demandé ce qu’ils consultaient au juste…

Nul besoin d’avoir fait Sciences Po pour penser qu’un Yankee connu pour son mauvais  poil l'aura gominé dans les vapeurs de cette cuisine anglo-saxonne. On imagine sa bonne humeur en voyant un quarteron de milords balancer  du haut de la Tour de Londres, une boule de pudding à la graisse de bœuf, moulée vapeur et bien enveloppée dans un linge, dans le jeu de quilles bruxellois.

Mais ne comptez pas trop sur la presse pour imaginer la suite... Elle continue de nous servir l’angoisse du jour qu’elle a draguée dans les réseaux sociaux de la veille. L'Europe se retrouve dans une drôle d’époque et je me sens tout rajeuni de voir nos amis luxembourgeois lui redonner de la hauteur.

Du coup, on respire. Quand, en octobre 2018, le compteur de Moselle humiliée a passé, grâce à vous, les 700 000 visites, je m’étais demandé si, au bout de dix ans, notre site n’avait pas, lui aussi, fait le tour complet des contradictions mosellanes, ce qui pouvait m’obliger à tirer un trait, plutôt que subodorer l’avenir dans des fonds de tiroirs.

En route donc vers des années compliquées... L’Europe se recroqueville et la Moselle itou. Notre Grand-Est n’est présentement qu’un patchwork étalé sur une corde à linge et dont les coutures se défont dès que le vent les a léchées. Un jour, c’est Colmar qui rêve de modifier les pointillés. Le lendemain, Reims en recoud mentalement les jointures et pour finir Nancy tripote les ourlets avec gourmandise. On se croirait au Congrès de Vienne en 1815.

Metz, par atavisme, devra donc se méfier du moindre début de Mosellexit qui pourrait pointer du nez. Car dans le Paris de 2018, ce sont des quadragénaires qui causent le plus souvent dans le micro et comme à cet âge la compassion n’est pas encore un devoir, l’amère fragrance des deux annexions qui plane encore à la frontière risque de se dissiper dans la poussière des plantes grasses, au bas des futurs podiums…

La seule chose dont vous pouvez être sûr, c’est que pour dépoter la Moselle, on tombera toujours sur un cactus.                                  

                                                     JG. Nov 2018

 

 

 

vases de yutz 01 02

Pardon pour ce titre un peu facile et ce conte de Noël en retard mais c’est à cause du décalage horaire. Tout commence en novembre 2017 avec deux Anglaises en extase devant une vitrine du British Museum. Elles se tracassent au sujet de leurs "Basse-Yutz flagons". Elles craignent de voir les quatre merveilles retraverser la Manche et rentrer en France à la maison.

Il y a quatre-vingt-dix ans, ces "Vases de Yutz" étaient à Yutz. Du bout de la pioche et très prudemment, des terrassiers les avait déterrés un soir de fin novembre 1927, sur un chantier des chemins de fer. La petite ville lorraine n’était pas peu fière d’accoler son nom au plus beau trésor national jamais trouvé sous les taupinières. On a certes la ligne Maginot depuis mais ce n’est pas pareil.

Personne n’ayant osé, à l’époque, estimer l’âge des objets, cette prudence des spécialistes donna forcément des idées aux amateurs les plus culottés. Trois jours plus tard, les vases avaient disparu, mais pas pour tout le monde. Deux ouvriers bouzonvillois, Jules et Jean Venner, avaient mis la main dessus pour les rapporter chez eux. Sans même faire un clin d’œil aux collègues de Yutz qui n’étaient pas dupes, ils prétendirent mordicus les avoir trouvés au sous-sol de leur pavillon familial en trébuchant par hasard sur ce qu’ils pensaient être de vieux ustensiles de cuisine. Le mensonge, c’est le cas de le dire, était gros comme une maison.

Nos deux emprunteurs ne pensaient qu’à monnayer leur trouvaille dont ils attendaient beaucoup d’argent. Avec la naïveté qu’ont les âmes simples quand elles se mettent à comploter, ils ignoraient qu’ils ne feraient pas le poids dès qu’ils tremperaient le pied dans le chaudron roublard des affaires. C’est en vain que, pendant deux mois, ils proposèrent aux amateurs de Moselle-ouest de leur vendre ce qu’ils nommaient à tort les "Vases de Bouzonville" mais dès qu’ils franchirent le deuxième cercle, celui des initiés à l’affût, ils finirent petitement par les solder à un baron. La surenchère continua sans eux, menée cette fois par des vautours en col blanc. Le chiffre des Venner se mit alors à cuber, chaque vendeur calculant son bénef au curseur de sa vanité. La police pensa plus tard que cette ascension vers le jackpot londonien avait été menée en Lorraine par une cordée de Pieds Nickelés.

Les Venner n’avaient fait qu’un tour de piste, mais le sang des Yussois avait bouilli… Eux qu’un surnom (Muertentrippler) nommait les piétineurs de carottes, ne pouvaient admettre cette entourloupe de terrassiers. Ils s’étaient souvenus qu’à l’école, on disait des Bouzonvillois : Die han so lange finger… Ils ont les doigts crochus quand ils vont au marché.

Bien des années plus tard, donc aujourd'hui, Patrick Weiten, l’homme fort du département, s'est souvenu de cet exemple parfait d’humiliation mosellane qu'il gardait dans un recoin de sa mémoire d’écolier… L’honorable "piétineur de carottes" avait depuis longtemps pardonné aux "doigts crochus", mais c’est aux Anglais qu’il en avait. Dans son esprit, les vases appartenaient aux "Riches heures" du pays thionvillois, ce qui n’était pas faux. Comme tout élu, il se sentait dépositaire de ce patrimoine virtuel. Il rêvait d’organiser leur retour au bord de la tranchée où on les avait trouvés… Pour rendre aux Mosellans, si l'on peut s'exprimer ainsi,  leurs quatre bronzes en chair et en os.

vases de yutz 03

Le coup était devenu jouable en 2017, au nom de l’éthique européenne. Chacun sait que nos voisins font profil-bas depuis le Brexit, eux qui depuis des années à Bruxelles, regardaient le plafond dès qu’on leur parlait de sous. Quant à l’amère Theresa, elle attend visiblement le mois de May en trottinant à côté de son ombre. Mais il y restait un détail : Le trésor de Yutz au British Museum n’avait rien de malhonnête. Ces bougres d’Anglais l’avaient bel et bien payé, ce qui veut dire qu’ils ne l’avaient pas volé.

D’où l’idée du Président Weiten de commander un film pour préparer la négociation. On s’émerveillerait sur la conservation des bronzes, on s’esbaudirait sur leur Celtitude, on encouragerait la publicité autour de leur retour, on laisserait entendre que ce projet n’était pas si vaseux qu’il en avait l’air. Dès qu’arriveraient au British Museum les échos de cet Exocet culturel, les Anglais, qui sont gens sensibles, ne pourraient que se sentir gênés de posséder un de nos plus beaux bijoux de famille.

Le long métrage, une docu-fiction intitulée La Moselle celtique ou la rocambolesque histoire des Vases de Yutz, fut confiée au mosellan Patrick Basso tandis que Paul Couturiau en écrivait les dialogues. Leur beau travail fut projeté officiellement dans la région thionvilloise en novembre 2017, d’abord à l’Amphi de Yutz puis à Bouzonville, c’était normal. Tous les invités se dirent convaincus à la sortie de ces soirées. Le galbe altier des vases, leur relief mystérieux, patiné pendant 24 siècles par des générations de vers de terre bien de chez nous, semblaient soudain aussi incongrus à Londres que le Vase de Soissons au musée de Pékin…

Le Conseil départemental avait demandé à Mirabelle TV de prolonger sa communication durant cette fin d’année. J’allumai donc à l’heure dite… mais dès l’apparition de la souriante Annette Kichenbran, il y eût comme un sortilège. La dame qui, avec Paul Kiefer, avait en 1998 écrit un excellent livre sur les Vases, aurait été la première surprise si elle s’était revue parler avec la voix d’une autre.

vases de yutz 04 05 06

Comme tous les  invités , elle n’aurait pas aimé ce dédoublement, tout en gardant assez de tact pour en sourire. Dans cette brochette d’archéologues, chacun semblait parler à côté de ses lèvres, avec une bonne quinzaine de secondes de décalage… Quand Annette articulait, c'est Julia Farley qui causait. Quand Marc-Antoine Kaeser mangeait l’écran, Jean-Marie Blaising buvait le paysage... Laurent Olivier racontait l’âge de fer, mais je voyais bouger la barbe de John Howe et quand Jean-Paul-Petit commentait Bliesbruck, j'entendais Philippe Brunella dans la Cour d’or. Le téléspectateur était obligé de se bander les yeux pour filtrer le décibel  en ignorant la bobine. Comme si à l’entrée de cette crèche télévisuelle, les Rois mages avaient juré de repasser en boucle en se mordant les talons.

Cliquez ici pour lire la suite…

 

Photo 01   Photo 2

 

Vous avez vu ce dessin ? On se croirait un siècle en arrière. Parue durant l'automne en tête de gondole dans un "journal trimestriel" de Nancy, cette prose décalée se voulait dans le vent alors qu'elle avait la fraîcheur d’un sac de bergamotes acheté en 1919 et retrouvé poisseux en 2017.  

En quatre bulles désinvoltes, les deux annexions devenaient de l’histoire ancienne. Un Alsacien nous avait aussitôt signalé la provocation. En Moselle, on réagit moins vite mais peu importe… Le problème est de savoir si en 2017, un dessinateur, fut-il talentueux du poignet, peut encore se faire plaisir dans un media.

 

Rien à voir avec les assassinats de nos malheureux confrères de "Charlie Hebdo". Ce crime sanglant avait une dimension médiévale qui empêchait ses auteurs de plaider le moindre combat contre la permissivité qu’on accorde à la presse. Les journalistes savaient certes qu’ils prenaient des risques mais au niveau qui nous occupe, ce fut longtemps l’une des joies du métier d’oser contourner les bornes avec un sourire provocateur aux lèvres… Ceux que l’on asticotait pouvaient toujours écrire au rédacteur en chef… Le mieux de ce qui pouvait arriver, c’est qu’on n’en parle plus.

 

L’ennui, c’est qu’aujourd’hui, cet art du "savoir se taire" a disparu. Le politiquement correct, prenant les Fous de Dieu pour prétexte, a dorénavant des commères partout. De la bêtise la plus ordinaire, le mot de trop, le geste imbécile, loin de les oublier, elles sauront faire un plat. Et "l’effet papillon" fera le reste…

 

L’effet quoi ? demandez-vous… Auriez-vous oublié la métaphore fameuse de Lorenz ? Pour montrer, qu’avec le temps, la banalité la plus minuscule pouvait avoir, de fil en aiguille, la plus grosse conséquence dans l’espace, il avait écrit que le simple battement d’aile d’un lépidoptère brésilien était capable de provoquer une tornade au Texas…

 

L’image poétique du Prix Nobel autrichien avait une dimension planétaire. Elle nous rappelait qu’un jeu de mécanismes hasardeux s’organise sans arrêt autour de la terre même si les liens de leur causalité nous restent imprévisibles. Rien à voir, a priori, avec les vols planés d’une feuille de chou place Stanislas…

 

Mais si, mais si… La réflexion du savant nous amène à penser au contraire qu’en novembre 2017, un papillon lorrain à petit QI peut à lui seul raviver une tornade franchouillarde sans avoir besoin de faire cinquante fois le tour de la Meurthe et Moselle.

 

Or il n’a pas besoin de ça, notre Grand Est ! Ce n’est vraiment pas le moment. Ce papillon de Nancy aura eu fatalement des conséquences : un ricanement amusé à Reims, une saine colère à Sarreguemines, une grosse pulsion de plus à Colmar… et pour finir une saine exaspération mosellane.

 

Pour Metz, on ne saura jamais. La métropole en a tellement vu qu’elle fait semblant de penser à autre chose. Mais elle déteste qu’on la décoiffe, surtout en pleine saison des rhinopharyngites ! On ne va tout de même pas recommencer avec ces âneries de comique troupier.

 

Cliquez ici pour lire la suite…

 

 

01. SIMMER. montre livre Page daccueil

Je savais Alain Simmer incontournable mais j'aurais dû me douter qu'il n'était pas du genre à se laisser contourner. Me recevant chez lui, à Audun-le-Tiche, pour parler de la langue de Clovis et de ses embrouilles, il m'avait vu venir, c'était normal.

Très vite, alors que pour amorcer la conversation, il commentait pour moi son dernier ouvrage sur la nécropole, il ne put retenir la mordante ironie qui, depuis tant d'années à propos du Platt, transparait dans ses livres et donne du muscle à sa prose.

"Entre nous, qu'est-ce que ça peut bien leur foutre, aux frontaliers, que leur francique soit germanique ou mosellan?"

En moins de cinq minutes, nous avions bifurqué  de l'archéologie vers la linguistique. Et moi qui pensais qu'avant d'ouvrir la bouche, il m'y faudrait tourner sept fois la langue... A l'entrée dans la rue principale d'Audun, j'en avais encore le pressentiment au moment de tourner à gauche vers notre rendez-vous en contrebas. Un grossier chapelet rocheux barrait le chemin, m'obligeant à contourner le quartier récemment inondé. Ce n'était pas bon signe.

Mais  un vrai sourire  m'attendait au pas de la porte. Du direct, du droit dans les yeux. Du genre qui ne se laisse pas faire.

02. SIMMER clin doeil Page daccueil

J'eus aussitôt une pensée pour tous ces entêtés qui passent la moitié de leur vie à quatre pattes en gratouillant la terre avec une pelle à gâteau. Ils ont bien du mérite. Tenez, le matin même, on parlait dans le journal de Jean-Jacques Hublin. Le célèbre paléoanthropologue venait de dégager au Maroc un "Homo sapiens" vieux de 320 000 années. Que croyez-vous qu'il arriva? Du jour au lendemain, la profession avait discrètement mis au clou les deux crânes éthiopiens qui lui servaient jusqu'alors de référence et décidé que le pissenlit qu'ils suçaient depuis 195 000 ans par la racine n'était plus assez sucré. Mais au lieu d'en faire toute une histoire et de dresser bêtement des Abyssins du Kibish contre les Berbères du Jebel Irhoud, on s'était contenté de rectifier l'état-civil du nouvel os d'homo sapiens.

Ce qui me ramenait bizarrement à Simmer. Au fond, devant le mystère de nos origines, une erreur de cent mille ans et des poussières en Afrique n'avait pas plus d'importance qu'une cinquième lombaire de Clovis dans la nécropole d'Audun. Tout le monde pouvait se tromper.

Sur des sujets aussi vertigineux, mieux valait donc se garder l'ego dans la poche. A l'échelle mosellane, comme à celle de l'Homo sapiens, toute fouille sensationnelle ne menait qu'à la modestie... A moins bien sûr d'en faire un Platt...

Cliquez ici pour lire la suite...

 

 

0102

Nous sommes le 2 avril 1641... A gauche, le portrait d'un roi de France et à droite, celui d'un duc de Lorraine. Ces deux Importants, qui ne s'aimaient guère, ne sont là que pour la photo. Leur rencontre  aurait même pu  prêter à sourire si  nous avions  pu parler à son propos de "Meurthe-et-Moselle humiliée"… L’ennui, c’est qu’on était sous Louis XIII et nos départements n’existaient pas encore…

Dans les pensées de la foule muette qui descend l’escalier du château de Saint-Germain-en-Laye, c'est un bouillonnement de vapeurs hostiles. Jamais, sous l’ondoiement de cette cascatelle de perruques, un témoin innocent ne pourrait deviner qu’un désaccord ébouriffe deux groupes dont les ego se frôlent en évitant le regard. En tête du premier, le roi est tout miel mais devant le second, Charles IV broie du noir.

D’ailleurs, il n’y a pas de témoin innocent puisque tout le monde est au courant. Dès le matin, derrière ses fourneaux, la valetaille s’amusait déjà du guet-apens. On a pris les paris dans les cuisines. Dans l’escalier, comme poussés dans le dos vers la descente, les Lorrains ont attaqué la première marche comme on trempe un orteil à la piscine. Sous la faible clarté d’une voûte de briques, la pâleur de leur masque les trahit et leur genou se fait de moins en moins souple.

Le roi a quarante ans, le duc de Lorraine trente-sept mais ils sont de vieilles connaissances. Leurs portraits se ressemblent au point que dans les musées, on peut encore aujourd’hui les confondre. Du front bouclé jusqu’à la barbe en pointe, c’est le même faciès étroit, celui qui, comme on dit chez les bergers, permet d’embrasser une chèvre entre les cornes. Par contre, côté mental, tout diffère: Louis est un introverti qui rumine longtemps ses coups, alors que Charles est un flambeur qui réfléchit plus tard...

 0304

Dans l’escalier, le roi sourit. Sous la perruque, il repense en boucle. Le tour qu’ont pris les opérations ne peut que l’enchanter. Il revoit son invité rétif, debout et chapeau à la main, alors qu’il l’obligeait la veille à prendre connaissance des clauses du traité. Et il n’y avait pas à discuter.

L’affront avait cabré le duc de Lorraine. Feignant de défaillir, il s’était laissé tomber sur le sol comme un pantin tout mou décroché de son clou. Il s’était dit qu’en cette fin d’avril, il faisait bien trop froid dehors pour qu’on osât ouvrir les fenêtres afin de lui donner un peu d’air. Mieux vaudrait laisser l'enrhumé regagner sa chambre avec un verre de cognac et un sucre.

Nous ignorons si ce fut le cas mais nous savons qu’après l’avoir amusé, cette gaminerie ducale avait sérieusement agacé Louis XIII. En bon chasseur, il se méfiait toujours du sanglier blessé. Et celui-là, il avait de la défense. Le roi n’avait donc pas tort vu que Charles, sentant qu’on allait le ficeler, avait secrètement rédigé, deux jours plus tôt et devant notaire, une lettre dans laquelle il annulait d' avance tout ce que son tourmenteur lui ferait signer.

En somme, dans cet escalier sombre, deux esprits aussi vaniteux l’un que l’autre en étaient parvenus à un tel degré de cynisme qu’ils s’en mordaient des lèvres, pour ne pas rire.

Au bas des escaliers, nous voici maintenant à l'entrée du couloir. Par instinct, les deux groupes se sont dispersés pour gagner la grande salle où le banquet les attend. Drôle de réconciliation, selon des recettes du XVIIe siècle, où le moindre entremet a pu se mijoter en cuisine au bout de cueillers malveillantes.

A l’entrée de la salle à manger, on prie l’invité de patienter un peu, le temps de respecter le protocole. Connaissant le goût de Louis pour la musique, Charles se prend à espérer... Mais il sait aussi le roi ne craint pas d'enfumer sa proie, pour mieux la noyer dans une langueur un peu trouble, par l'effet conjugué de sa voix chaude et de sa flûte à bec

      Approche donc ma belle
      Approche-toi mon bien,
      Ne me sois plus rebelle
      Puisque mon cœur est tien

Dieu soit loué, pas de musique! Du fond de la salle, devenue silencieuse, un valet fait signe au duc de Lorraine. "Sa majesté vous attend".

Charles se dirige tout naturellement vers le monarque déjà installé. Il y a deux sièges vides à la droite de Louis mais la main d’un intendant s’interpose: "Non, non, Monsieur le duc, pas les fauteuils! Pour vous, c’est de l’autre côté, juste après…"

A quoi pense alors Charles IV, fils de François II de Lorraine, comte de Vaudémont et de Christine de Salm, tandis qu’il marche en caressant du dos de la main le dos de cuir des fauteuils repliés vers la table? Il ne pense à rien. Il cherche où s’asseoir…

Cliquez ici pour lire la suite…

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer